mercredi 18 janvier 2017

ab-Surdité


J'aime te parler à moi-même
quand m'entendre ne te parle plus
mes doigts tombent en logorrhée
ta peau est sourde
et ma langue ne sert plus qu'à lécher
la brèche dans notre mansuétude.

J'aime
dans la satiété  putréfiée
qui jonche les rues spirales
- les jours où l’éboueur des égos erratiques est en grève-
j'aime y humer
le parfum de tes maux bien-pansants
tes maux saignant la joie
tes maux pulsant l'air
dans la touffeur bâilleuse de mon inertie.

J'aime te mésentendre
quand à l'autre bout des veines
le cœur raccroche
et que je t'écoute encore
me parler à toi-même.

vendredi 30 décembre 2016

Le suicide du soleil



Aux premières perles de brume,
Sur la route du crépuscule,
Je voudrais baiser le bitume
Suant comme suent tes oscules.

Sous la clarté des réverbères,
Goutte l'eau lambine du soir
Qui me rappelle tant, très chère,
L'eau de la chair que j'aime boire.

Sur cette route qui s'allonge,
Vers l'alcôve, et s'allonge encore,
Les soubresauts de mon cœur longent
Les longs miles jusqu'à ton corps.

Il me tarde de voir, ma brune,
Dans ton regard, firmament noir,
Les étoiles luire et la lune
Percer la nuit comme un fendoir.

Je te rejoins, ma belle dame,
Nous irons, sous ce ciel placide,
Voir le jour voyeur rendre l'âme,
Quand le soleil se suicide.

Nous fêterons la nuit qui tombe,
Le sacrifice du soleil,
Nos petites morts, sur sa tombe,
Chasserons des yeux le sommeil.

Nous veillerons, mon aphrodite,
Jusqu'au moment où l'astre mort,
Des cendres noires, ressuscite,
Tendant ses tentacules d'or.

mercredi 28 décembre 2016

La chevelure des maléfices


 

Au bout de l'impasse des Plaisirs,
Patiente ta Fille de Joie,
À l'heure où s'éveille le désir
Pécheur de ses pores, de ses voies.

Elle t'attend, elle est en avance,
Avant toi, elle prit ce couloir
Teinté d'ombrages et de luisances,
Suave itinéraire au boudoir.

Elle attend là, où elle travaille,
Te chérir est son charmant labeur.
Sa récompense est la retrouvaille
De l’étreinte apaisant sa langueur.

Elle t'attend et elle est d'humeur
Hargneuse, elle  blâme ton retard.
Son silence aride de rancœur
Cache un pardon ruisselant bavard.

Prends garde au miel du fiel dans ses yeux,
Quand l'indulgence se mêle au vice,
Au dédale affolant, ses cheveux,
Où te perdre est un tendre supplice.

Son rire nu, sous le drap, se cache,
Elle aime sévir sans artifices,
Quand elle lève les bras et lâche
Sa chevelure des maléfices.

samedi 17 décembre 2016

Sue II



Quand le son des vagues façonne la cadence,
Ton regard léonin m'entraîne dans ta danse,
Comme le blanc d'écume, en dentelle s'avance,
Caresse le sable, recule et se relance,
Ô corps ophidien, ondule, mets en transe,
L'encens fou sur ta peau, tue-moi et recommence.

Roseau lascif penché, fait tant fifrer la brise,
Sève de vif-argent, cambrure que je frise,
Bassin où je m'arrime et ne lâche pas prise,
Fais-moi suer encore, Ô sueur qui m'attise.

Il demeure encore, où les sons d'entrain se taisent,
Son qui ne trompe point, du cœur que tu apaises,
Dans mon froid salorge, coule ton miel de braise,
Quand tu sues en douceur, quand tu sues à ton aise.

jeudi 10 novembre 2016

Constance




Ma constance,
c'est toi, en train de ranger  le désordre
dans ma chambre pulsatile,
d'un battement d'aile,
oiseau perché entre deux ventricules,
me susurrant dans les veines ses vers en tropes

Ma constance,
c'est mon penchant chaotique
que tu plaques contre le sol convulsif de ma colère
raturée par la plus rigoureuse des corrections.

Et je désapprends la solitude,
je désapprends à partir
et j'apprends à m'amarrer à tes pores agacés,
lors de mes errances venteuses,
tu apprends à me laisser te retenir
entre les cuisses de mon impudence,
au creux de la constance.


vendredi 4 novembre 2016

Biais



Dans ce carré largement exiguë,
trace
en diagonale
les courbes d'une chair affriolée,
trace en ronds concentriques
la voie du zèle oblong,
pars du tréfonds
jusqu'au trait fondant
à l'orée des peaux.

En diagonale,
lis les tirades froissées d'un blanc malmené,
lit du cours désaltéré
qui inonde
le flanc d'un secret montagneux,
fore de ton calme perçant
la clameur du creux d'un soir
au soleil tapant
sous ton ombre pluvieuse,
gît ton regard posé sur une impatience
qui croît, en grondements, crois
dur comme fer
qu'il est urgent d'attendre

De travers,
je panse tes gerçures
ponce
en coulissements
en réponse
au vert cru de tes yeux déversé sur mes doigts

En pianotage je tâte
les ramifications de  ta voix dans mes bronches,
constate
sur mes feuilles éclaboussées
l'étendue de tes stomates,
lape
les dernières gouttes de l'encrier
à court d'alphabet,
palpe
tes intentions tendues
en incantations entendues
quand les plaintes rectilignes
en chœur, signent
l'intersection de nos errances


vendredi 28 octobre 2016

Entaillure




Ce jour là où j'ai
Frôlé ton gant de velours,
J'ai entaillé à mon insu
La dorure des convenances
Sur ta peau
Par mégarde
J'ai croqué la pomme
-fendue comme un sourire-
Qui te sert de cœur

Gant de velours —
Moirure pourpre que tu laisses échapper
De tes doigts
Pour mieux me ramoner les veines
Obstruées de néant

Te voilà réduit
En un globule circulant dans mon sang
Quand je te respire
Toutes les bleuités de ta voix se confondent
Je n'entends plus que tes yeux
Dans le crépitement de tes tropes
Entre mes doigts
Réduits à palper l'ivresse turgescente
Sous l'insurrection des pores

Toi, l'irréel —
Rêverie cristalline que je goûte
Par la fissure d'où le bonheur se tréfile
Bouche à bouche
S'entame la traversée
De l'illusion funambule
Qui irrigue nos cils
Jusqu'à la dernière goutte du soleil diluvien

Il pleut des cordes ignées
Dans nos joies troglodytes

Et sous l'averse,
Au détour d'une commissure,
Je te pardonne
D'inexister