mercredi 14 juillet 2010

Le voleur du feu


Je me réveille incandescente, crédule, puisant mon énergie directement à la source de l'existence tel l'instant de ma naissance, quand le marteau des détails vient s'abattre sur moi ...
Bonjour horribles détails quotidiens! Coupez avec mon couteau de cuisine la corde de délivrance qui me liait à la mer, aux forets, à la mort quand elle se fait petite et à l'enchantement ... Mettez y un terme avec la sonnerie de mon téléphone, la liste des courses à faire, la clef à molette introuvable, le robinet qui fuit sur le corps déchiqueté de mes instants dépouillés et la conférence du marchand d'oeufs frais, pour une vie dépourvue de fraicheur...

Les épouvantables détails quotidiens me lacèrent avec leur machette... et laissent derrière eux certains lambeaux de moi près de l'ampoule grillée qu'il faut que je change, quelques uns sur la machine à glace qu'il faut que je répare, d'autres au milieu des factures que je dois payer et le reste dissimulé sous le tas de linge destiné au rituel tournoyant de la lavande...

Coulent les fleuves de soupe brulée oubliée... L'odeur de l'incendie jailli des profondeurs comme des spectres de tués qui n'ont pas été vengés... Mais personne ne voit le reflet des fantômes dans le miroir et personne ne sent leur odeur...

Les détails quotidiens sont pointus et saillants tel les crocs du vampire... Je m'égare dans leurs labyrinthes, trébuche sur une tasse de café par ci et une assiette de bouillon par là... Et la gousse d'ail devient plus énorme que l'Everest... Je tournaille autour d'elle avec mes doigts perplexes ne sachant plus par où commencer à l'éplucher, alors que ma tête vogue ailleurs naviguant d'une planète à l'autre, d'un rêve à l'autre, d'un éblouissement à l'autre...

Je déchire la liste des courses, recolle le reste de mes lambeaux et déclare mon pronunciamiento contre les détails... Je redeviens fauve, féroce et lointaine... Que toutes les obligations aillent en enfer, leur pays d'origine. Qu'elles moisissent dans les villes de l'hypocrisie, du baratin et de l'étalage.. Que les autres disent de moi ce qu'ils veulent... Je ne payerai pas de mon âme le prix de la médiocrité!...

Adieu minuscules détails... Je reprends mon être dans le continent de l'isolation. Pure, impétueuse comme l'instant de la naissance. Je lave mes profondeurs dans la mer de la clarté. Et me voila redevenue un poisson argenté emporté par les vagues de l'insatiabilité et de l'émerveillement , loin de la sonnerie du téléphone et des salles plaquées or de la futilité... Je nage vers la source du flamboiement inépuisable à la recherche de ce soleil secret.. et de mon amant.. Le voleur du feu...

6 commentaires:

coeos a dit…

Tous les poètes voleurs de feu savent pourtant que Prométhée finit accroché sur la paroi de la montagne!

Qu'irait-on chercher au près de ces maudits? Pourquoi irait-on chercher la lumière? Pourquoi s'approcher tant du soleil?

Mayday a dit…

Je ne saurai te répondre mon ami... On s'en approche probablement pour se débarrasser de la gangue formée par les dépôts crasseux de platitude qui s'agglomèrent au fil des jours qui se ressemblent. Se moquant du fait qu'à trop en demander on finit inexorablement par cramer..

Voltairien a dit…

c'est ce qui s'appelle jouer avec le feu :-)

pronunciamiento c'est le nom de la femme de putsch ? ça copulerait en fias-coup d'état :-D

Mayday a dit…

oui, c'est le feu d'artifice de la raie-volte.

Voltairien a dit…

vive la raie-pudique alors !

Mayday a dit…

il faut mener la raie-voulue-si-on n'en peut plus.